Une ritournelle / l'invasion
Un matin, les silhouettes grises et menaçantes des uhlans parurent aux confins du pays noir. On les attendait si peu que lorsqu'ils se présentèrent du côté de la porte de Cambrai des douaisiennes s'écrièrent :
- Les anglais ! Les Anglais ! Vive les Anglais !
Comment auraient-elles pu imaginer que cinquante mois d'occupation sauvage ne suffiraient pas à solder leur terrible méprise. si encore ils n'avaient fait que passer! n'en déplaise à l'esprit patriote, de ça, on avait l'habitude. hélas, c'était un véritable nuage de criquets, voraces et cruels, qui s'était abattu sur le pays du nord.
précédant de leurs raides rapides et meurtriers l'énorme machine militaire du Kaiser, les cavaliers gris, n'avaient d'autre mission que de semer la terreur derrière eux. Et ils s'en acquittaient en parfaits techniciens. torche à la main, la chapka enfoncée jusqu'aux yeux, la lance basse, le revolver au poing, ils pénétrèrent en ville comme une coulée de lave. les premières maisons flambèrent aussitôt et l'on vit même certains de ces démons, la trogne illuminée par le feu des torchères, balancer dans les caves des bidons de pétrole afin d'en déloger d'éventuels francs-tireurs, des soldats dépassés par les armées en fuite, ou des civils mobilisables qui auraient pu s'y réfugier. Place d'armes, ils réclamèrent à boire et à manger pour eux et leurs chevaux, se restaurèrent brutalement sans descendre de selle, puis partirent au galop vers de nouvelles exactions.
cela n'avait duré que quelques minute, mais c'était suffisant. maintenant les casques à pointe du général Von Mehring pouvaient tranquillement investir la place. La ville serait livrée sans aucun accrochage.

José Le Moigne
Une ritournelle
Editions Le Manuscrit
ISBN: 2-748195941
www.manuscrit.com
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