Les deux roches
Qu’est-ce qu’une œuvre poétique sinon la mise en mots d’un éternel ressassement ? Ma vieille tante de Schœlcher, ma marraine, ma maman puis des quatre sœurs elle reste la dernière, me disait l’autre jour au téléphone : « Je m’étonnais que mon neveu ne m’ai pas appelé ». Pourquoi, après tout nous étions sept, même si je suis l’aîné, m’incombe-t-il un pareil devoir et surtout, pourquoi suis-je le seul à avoir maintenu ce lien charnel et nécessaire avec l’île-mère ? Serais-je celui qui doit porter le poids des chaînes ancestrales et est-ce ce fardeau qui ferait un poète de moi ? La question n’appelle pas de réponse. Une chose cependant est certaine. Dès mes premiers poèmes qui tenaient un peu debout ce thème est devenu recurant même si, en parallèle, je me suis pris d’une vraie passion pour la culture bretonne et qu’elle me le rend bien. Peut-on alors parler de métissage ? Je n’en suis pas certain. Je suis l’un, je suis l’autre, conscient d’une déchirure intime qui brûlera jusqu’à ma mort mais qui me fait ce que je suis.
Les Deux roches