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Article dans Direct Monde

Publié le par le breton noir

josé le moigne auteur poète ecrivain

 

José Le Moigne : "j'ai fait l'effort de m'approprier mes deux cultures d'origines"

Poète, chanteur-compositeur, dessinateur et romancier, José Le Moigne est né en 1944 à Fort-de-France d'une mère martiniquaise et d'un père breton.

Il passe son enfance et son adolescence à Brest qu'il quitte pour exercer sa profession d'éducateur et de directeur au sein de la Protection

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 judiciaire de la Jeunesse au ministère de la Justice. José Le Moigne répond aux questions de Direct Monde

 

Quels souvenirs gardez-vous de Joseph Zobel et quels sont les liens qui vous réunissaient ?

 

          

 

        J'ai beau être poète, je ne laisse au hasard que peu de place dans ma vie. L'irrationnel c'est une tout autre chose. Joseph, José, et puis encore José ... Même s'il ne s'agit pas de réécrire Chemin de la mangrove , à bien y regarder, l'enfance des deux petits José, passée sous la houlette d'une femme matador — Man Tine contre Man Anna — et guidée par la même volonté de ne jamais subir, ne pourrait-elle pas se décalquer sur bien des points ?

         Ne fîmes-nous pas la traversée de l'Atlantique la même année, et sur le même bateau, l'illustrissime Colombie, moi en mai et lui en août où en septembre je crois ? En outre, ce qui fait de nous de quasi-jumeaux, son fils aîné, Francis, est né comme moi le 7 janvier 1944 à Fort-de-France ! Et pour conclure cette étrange série, notre gémellité, c'est à Ouessant, mon autre île de cœur, que nous l'avons découverte le jour même où Zobel recevait le Grand Prix du Livre Insulaire pour l'ensemble de son œuvre ! Oublions le destin, l'absence de hasard ou je ne sais quelle vaticination !

         Retenons simplement la tendresse qui nous unit Joseph et moi. Pour le reste, à chacun d'en faire sa religion ! 

Joseph Zobel : la tête en Martinique et les pieds en Cévennes, Ibis Rouge édition 2008

        Voilà, il me semble tellement plus simple de citer, sans aucune intention d'auto-publicité, un extrait de mon livre pour décrire les liens qui m'unissaient à Joseph Zobel et voici qui est fait. Joseph, j'étais un des rares autorisés à l'appeler par son prénom, était pour moi « le nègre totémique », celui qui par sa seule présence liait, sans qu'il soit besoin de théorie, la Martinique d'aujourd'hui à l'Afrique mythique d'autrefois.

          Une sorte de chaînon manquant pour moi qui, de par ma vie, n'ai jamais eu de grand-père, qu'il soit noir ou blanc. Raphaël Confiant, dans sa préface à mon ouvrage a dit qu'il était mon père spirituel. J'en accepte et l'augure et l'honneur. Nos rapports, malgré l'immense admiration que je lui voue, ne furent jamais ceux du maître et de l'élève mais ceux d'un véritable compagnonnage. Je l'aime et il me manque.

      

Quels sont les difficultés avez-vous rencontré dans votre vie d'écrivain en tant que métis ?

          

         Tout d'abord, je n'aime pas le terme de métis qui renvoie à la trop fameuse polychromie de la peau noire telle qu'elle est définie aux Antilles. En ce qui concerne la couleur de ma peau, "je suis nègre du sang pulsant en mes artères ..." et je n'en démordrais pas. J'ajouterai que cela m'irrite profondément lorsque l'on me dit : « Tu es presque blanc ». Maintenant, s'il s'agit de métissage culturel, je suis d'un autre avis. Deux cultures cohabitent en moi et je me dois d'être aussi respectueux de l'une comme de l'autre de telle sorte qu'elles s'associent pour produire un être, non pas hybride, mais peut-être plus complet que ceux qui n'en possède qu'une. Ceci dit, j'écris avec ce que je suis et je me revendique, parce que telle est ma sensibilité, comme un écrivain Antillais.

          Se pose alors une question. Les Antillais « du sol » sont-ils prêts à accueillir comme l'un des leurs un Antillais "d'ailleurs" ? Plutôt que de répondre, sachant qu'elle ne vaut pas que pour moi, je préfère poser clairement la question. Je ne suis pas un juif errant et n'appartiens à aucune diaspora. La vie m'a posé où elle a pu mais je suis et resterai, Breton et Martiniquais et je n'y suis pour rien si la culture que l'on m'a enseigné est la culture française. Sans être un spécialiste, j'ai fait l'effort de m'approprier mes deux cultures d'origines. Cela mérite d'être reconnu et par les uns et par les autres.

       

        Que pensez-vous de la nouvelle vague de jeunes écrivains antillais qui commencent à émerger en ce moment ? Et qu'aimeriez-vous leur donner comme conseils en qualité de maître que vous êtes ?

 

         C'est très gentil de voir en moi un maître. Pour ma part, je préférais que l'on parle d'exemple. J'ai écrit une quinzaine de livres sans compter les anthologies où je parais ce qui était loin d'être gagné. J'ai eu la chance de partager l'amitié et les encouragements de grands écrivains comme Jacques Borel (Prix Goncourt 1965), Mongo Béti (le grand auteur Camerounais) ou encore Joseph Zobel. Aucun d'eux n'a été avare de critiques, mais tous ont vu, dès le départ, un écrivain en moi. Et pas seulement un écrivain Martiniquais ou un auteur du métissage.

       Voilà ce que je pourrais dire aux jeunes auteurs Antillais tels Dominique Lancastre ou Alexandre Tellim qui font leurs premiers pas dans cet univers difficile qu'est la littérature : écrire sans se préoccuper de leur origine, je veux dire qu'elle ne peut être une fin en soi même si elle nourrit leur inspiration, et travailler. L'écriture est une longue patience, c'est un sophisme de le dire, mais c'est la seule réalité. Antillais ou pas, un écrivain se doit de rechercher ce qui fait son originalité. Ils ont un monde qui s'ouvre devant eux, qu'ils en profitent sans retenue.

     

      Quelle place donnez-vous à la littérature antillaise dans la littérature française en ce moment ?

 

         Que l'on approuve ou non, Césaire vient d'être célébré au Panthéon. La mort de Glissant a été vu comme une perte majeure et pas seulement en France, Le message de Fanon n'a jamais été autant d'actualité. On pourrait saluer la pléthore de grands prix littéraires remportés par des auteurs Antillais. Pour moi, une œuvre reconnue devient universelle ou c'est alors considérer la littérature des Antilles comme une littérature régionale : ce qu'elle n'est pas à l'évidence.

 

Direct Monde


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flora 26/05/2011 10:40



J'ai lu avec grand intérêt tes réponses et je te reconnais bien dans la sincérité et la vérité, mon cher Frère et Ami.


R.



sherry 25/05/2011 06:41



génial, bravo. Merci pour ce partage.. continue à nous faire rêver.. bonne journée