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Etre créole et breton à la fois

Publié le par José Le Moigne





Être Créole et breton à la fois

      

            Lorsque j’étais enfant, adolescent, et même un jeune adulte, je me voulais Breton, sans aucune restriction, sauf que j’avais la peau brune et refusais, avec la dernière des énergies, de revenir sur cette part de moi qui, quoi que je fasse, et quoi que je puisse écrire, me distinguait. Né à Fort-de-France, d’une mère Martiniquaise et d’un père Breton, mais arrivé à Brest à l’âge de deux ans, l’adaptation n’a pas été facile. Mon enfance fut mutique, sans doute que mes larmes, incessantes à ce que l’on m’a dit pendant les quinze jours que dura le voyage, avaient asséché mes paroles en même temps qu’elles effaçaient ma langue maternelle, le Créole. L’école me dénoua. Une fois mise au placard les remarques enfantines − plus imbéciles que racistes −, je devins, pour chacun, un véritable petit Zef ; Ti Moign pour les copains. Un seul bémol, de taille cependant, à l’heure des festoù noz, l’interdit n’était pas négociable, je m’évinçais du cercle. Non que je fusse incapable d’enchaîner comme les autres gavottes et laridés, mais cela me semblait une incongruité. J’étais Le Breton noir, titre de l’une de mes chansons ; la nuance me paraissait de taille.

         Pourquoi écrire cela alors que par mon métier, éducateur puis directeur au Ministère de la Justice − Protection Judiciaire de la Jeunesse −, j’ai traversé la France de long en large, m’adaptant  plus ou moins, le plus souvent avec facilité, j’habite maintenant, pour partie en Belgique et pour l’autre en Bretagne, à Plourarc’h où personne n’examine la couleur de ma peau ? À Plourarc’h où, bien que je ne comprenne pas davantage ma langue paternelle que je ne parle le Créole, chaque jour, comme si la chose allait de soit, on me hèle en Breton ! Au risque de faire rire, l’explication me semble simple. Il m’a fallu attendre d’avoir passé 30 ans pour retrouver la Martinique ; mais ce jour-là, à peine avais-je posé les pieds sur ma terre natale que je m’y suis fondu, avec autant d’authenticité, aussi étroitement que je me mêle à la roche celtique. Vrai Breton en Bretagne, Martiniquais en Martinique, puis je pour autant m’affirmer biculturel comme d'autres sont bilingues ? Les choses ne sont pas si simples. Il n’est pas rare qu’elles se bousculent dans ma tête. Écrire devient alors pour moi le seul moyen de refuser l’incomplétude, de fuir la déshérence, le seul qui m’ait été donné pour faire litière à l’idée même d’une seule trahison.  J’ai vieilli. Bien que cette vision de moi m’ait aidé à grandir, je ne suis plus Le Breton noir. En Bretagne tout comme en Martinique - et aussi en Belgique - je suis Créole, tout simplement Créole. Voilà ce que je m’efforce de dire dans mes romans, dans mes poèmes et mes chansons. Je ne suis pas de nulle part, mais je puis être de partout … le temps de revenir.

                                         

                                        Je ne crains pas les arbres
                                         j'ai l'impatience dure

                                        aux lisières du souffle
                                        je guette ton silence                             

                                        sauras-tu reconnaître
                                        la fracture de vie

 

                                                                                     José Le Moigne

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Pant 19/08/2009 16:06

émouvant, le bipartisme intérieur, le plein de traces et de coeur, l'univers riant et plein de fureur, tout se mêlant entre des régions aux identités fortes, aux cultures denses, aux terroirs prenants. Beau trajet d'un coeur isolé, venu d'une île en fait, mais pas isolant, ne se voulant pas île tout seul sans les autres. Être et le rattachement, vraiment un bien beau parcours, avec une écriture fluide et vraie.

20/08/2009 00:26


Merci infiniment Pant pour ces compliments qui me vontdroit au coeur.
José


José Le Moigne 14/08/2009 00:41

il me manque juste l'adresse de ton blog. Le lien ne fonctionne pas.

Audrey Aptel 13/08/2009 22:50

Belle plume !! Ton avis m'intéresserait fortement, n'hésite pas à faire un tour sur mon ptit blog, je mettrai régulièrement mes compos ! :)

14/08/2009 00:15


Merci. Pas de problème. Je vais visiter ton blog.


lambert 09/08/2009 17:35

bah on est un peu tout à la fois ! basque espagnol quoique français de surcroit  anglais et puis irlandais argentin , antillais , chinois par solidarité culturel , cela n'a pas beaucoup d'importance mais ça peut être dur à vivre , je trouve dommage quer l'on se définisse par son milieu social , cité par exemple ou campagnard , ça raccourci ce que l'on est , bon à bientot ! bravo pour zobel !

09/08/2009 18:27


Bien d'accord avec vous. Le tout c'est une question d'honnêteté et d'ouverture vers les autres.
A bientôt
José


stellamaris 07/08/2009 07:22

C'était la tristesse de ne pas réussir à écrire ... Mais le dernier est plus joyeux ! Toute mon amitié.

José Le Moigne 07/08/2009 11:07


L'écriture est un long, long travail, fait d'incertitudes, de souffrance et de joie ...Amitiés
José