Partager l'article ! La traction de Madame Aliaga: 4 Qui s’en étonnera ? Pour le petit garçon que j’étais ...
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Qui s’en étonnera ? Pour le petit garçon que j’étais malgré tout, la charge était trop lourde. Man Anna se vidait de son sang et moi, précisément parce que je n’étais qu’un gosse, je ne pouvais détourner mon esprit de la vision de Lannig égorgeant des poulets dans la pénombre de l’appentis. Il empoignait la bête prisonnière d’une cage bricolée de bric et de broc avec du fil de fer, la liait par les pattes au dessus d’une marmite cabossée qui ne servait qu’à ça. Le volatile battait des ailes, gargouillait quelques cris étranglés, prenait appui sur l’air dans une dernière volée de plumes, puis cessait le combat. Lannig, le béret sur l’oreille et la Gauloise au bec, n’attendait que cet instant pour trancher, d’un maître coup qui lui venait du plus profond de la ruralité, la gorge de l’oiseau. Le sang giclait d’abord en un puissant geyser, poissait entre les lèvres de la plaie avant de s’égoutter pendant quelques minutes. Jamais je ne l’aurais admis, pourtant, la vérité exige de moi cette franchise, en face de Man Anna serrant si fort le linge entre ses cuisses que les jointures de ses doigts blanchissaient, je ressentais le même trouble et le même dégoût. La même fascination aussi. Par chance, Jocelyne Aliaga, notre voisine et amie, une des rares que Man Anna admît de loin dans notre intimité, surprise que personne ne répondit à ses coups répétés à la porte, entra à point nommé pour m’arracher à ma torpeur. À peine eût-elle fait quelques pas dans la chambre où la lumière ne rentrait qu’à tâtons qu’elle prit les choses en main.
— Petit, me dit-elle d’un ton qui n’admettait pas de réplique, je vais conduire ta mère à l’hôpital..
Puis, voyant mon air décontenancé elle ajoute :
— Ne fais pas cette tête ! Je ne t’interdis pas de m’accompagner, mais autant te le dire, ne t’avise surtout pas de traîner dans mes pattes.
Madame Aliaga n’était pas de celles qui s’en laissent compter ! Elle exigea que Man Anna s’appuie sur son épaule et la guida, avec mille précautions, vers sa voiture, une traction avant noire, garée devant sa propre porte. Elle l’installa sur la banquette arrière puis, ne me laissant que le temps de sauter auprès d’elle, elle démarra en trombe et s’engagea dans le trafic.
Porte Caffarelli, la route jusque là rectiligne tournait à angle droit. Jocelyne Aliaga, cheveux roux en bataille comme une moderne walkyrie, se dressa sur les freins. La voiture se cabra et se remit en ligne.
— Excusez-moi, Madame Le Fusquellec, souffla-t-elle rassurante
en modulant aussitôt sa conduite.
Puis s’adressant à moi elle ajouta :
— Tu vois, pas de quoi avoir peur ! Quand ta maman sera guérie je t’apprendrai à conduire. Tu verras, ce n’est pas difficile.
Promesse de voleur. Elle disait ça pour m’apaiser, mais je n’étais pas dupe. Néanmoins, même si l’angoisse et le chagrin me dévoraient de l’intérieur, j’étais si fier de me tenir à ses côtés que, si la situation n'avait été aussi tragique, j'aurais très volontiers joué les jolis coeurs.
Bientôt nous arrivâmes à l’hôpital Ponchelet récemment rebâti. Jocelyne Aliaga consulta du coin de l’œil les panneaux indiquant la direction des différents services, fit signe au factionnaire qu’elle ne pouvait pas s’arrêter et fonça droit sur la maternité. Elle stoppa net devant le bâtiment et s’engagea, après m’avoir intimé l’ordre de demeurer auprès de ma maman, dans le hall d’entrée. Après un court moment qui me parut un siècle, des infirmiers sortirent et installèrent ma mère sur un brancard. Avant de disparaître derrière les portes à battants elle me prit par la main et m’offrit un sourire qui disait long sur son courage.
Comme si c’était moi-même qu’on allait déchirer, je sentis sa
souffrance entre mes propres jambes.
José Le Moigne
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Bonne nuit à toi.
José
dans le frisson
Bonne nuit à toi
José
/ j parlais de la liberté de la pensée ...... aujourd'hui je confond amour et addiction
addiction c'est prison .... aimer c'est plaisir
ouais .... j'ai lemoral en vrac , je n'écris plus ....... alors je me régale de tes mots
Je te souhaite un meilleur moral
José
Mais, peut-être, même la souffrance peut devenir indispensable pour certains...
Au fur et à mesure de ton récit, on se rend compte, d'après le formidable portrait central de ta mère, du rôle privilégié et écrasant qu'elle a joué dans ta vie! Je repense à mon article "cri du coeur" du septembre dernier sur l'amour maternel.
Bonne journée à toi
José