Photographie de Alain Le Moigne ( Brest, La Villeneuve, années 50, collection de l'auteur )
Présence totémique à contre sens de l'écluse, elle marche vers la pluie. De l'au-delà des craies elle rassemble en ses mains l'office des marées. Elle est porteuse
d'opacité, de frisottis d'écume, de ces riens abîmés dans la terre et qui trouent. Elle fait demeure du secret, et de l'usure, et de son nom
Répondeurs!
Répondez!
Le maître de la parole
Il n'est bruit que de sang
le cri noir désunit
d"étincelants miroirs
Les assistants
Je la vois regardant
s'époumoner les jours
dans un rêve de suie
Le maître de la parole
La pluie s'ébroue
sur son corps aveuglé
elle ferme le vantail
Les assistants
Elle ravive le feu
chaque braise la noue
au ventre du volcan
Le maître de la parole
Elle se tient au bornage
de l'épaulée du soir
elle nomme son désir
Les assistants
En gésine de mer
veut-elle mourir ici
elle suit le balisage
Le maître de la parole
Elle convoque à sa porte
l'ambrassade du vent
et l'expérience de l'épi
Les assistants
Toute richesse bue
le feu choisit la vague
elle entend le pays
Le maître de parole
Elle tire patience de la nuit
et de son cri
d'écume terrassée
Les assistants
En cet argile
plus profond qu'infini
elle s'en remet au sel
Le maître de la parole
Le pont du crépuscule
appartient à l'orchestre
la lune lave ses rêves
Les assistants
Sonnez tambours
rompez l'appel des cabris-bois
annoncez la veillée
Ensembles
Mais la mer
l'espace ouvert à la brûlure
l'écaille des îlets
Répondeurs!
Répondez!
José Le Moigne Poème de conclusion de Chemin de la mangrove
l'Harmattan