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Dédié par la tendresse / Veillée créole / Pour Man Anna

Publié le







Photographie de Alain Le Moigne ( Brest, La Villeneuve, années 50, collection de l'auteur )

Présence totémique à contre sens de l'écluse, elle marche vers la pluie. De l'au-delà des craies elle rassemble en ses mains l'office des marées. Elle est porteuse d'opacité, de frisottis d'écume, de ces riens abîmés dans la terre et qui trouent. Elle fait demeure du secret, et de l'usure, et de son nom



Répondeurs!
Répondez!


Le maître de la parole

Il n'est bruit que de sang
le cri noir désunit
d"étincelants miroirs

Les assistants

Je la vois regardant
s'époumoner les jours
dans un rêve de suie

Le maître de la parole

La pluie s'ébroue
sur son corps aveuglé
elle ferme le vantail

Les assistants

Elle ravive le feu
chaque braise la noue
au ventre du volcan

Le maître de la parole

Elle se tient au bornage
de l'épaulée du soir
elle nomme son désir

Les assistants

En gésine de mer
veut-elle mourir ici
elle suit le balisage

Le maître de la parole

Elle convoque à sa porte
l'ambrassade du vent
et l'expérience de l'épi

Les assistants

Toute richesse bue
le feu choisit la vague
elle entend le pays

Le maître de parole

Elle tire patience de la nuit
et de son cri
d'écume terrassée

Les assistants

En cet argile
plus profond qu'infini
elle s'en remet au sel

Le maître de la parole

Le pont du crépuscule
appartient à l'orchestre
la lune lave ses rêves

Les assistants

Sonnez tambours
rompez l'appel des cabris-bois
annoncez la veillée

Ensembles

Mais la mer
l'espace ouvert à la brûlure
l'écaille des îlets

      Répondeurs!
                            Répondez!



José Le Moigne
Poème de conclusion de Chemin de la mangrove
l'Harmattan








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José 23/08/2008 02:55

Merci Muriel de cette belle lecture. J'ai voulu offrir à ma mère par ce poème la veillée à laquelle elle n'a pas eu droit. Il fallait que son île lui soit rendue après sa mort et moi seul pouvait le faire en tant que "marqueur de mots " c'est à dire, dans la culture créole, le conteur ancêtre du poète; mais toi tu l'es aussi à ta façon.

Mu 22/08/2008 23:32

Vraiment José, tu as beaucoup de talent, avec ce poème, je suis transportée sur ton île, la pluie, la braise, l'argile, l'écume de la mer...Et la brulûre !!! Ô la brulûre...La douceur faisait mal comme la caresse sur la brulûrele vent qui s'attarde sur le vif de la peauLe poète est un enfant abandonné, une jeune femme au désert, un homme écorché vif. Il écrit pour apprivoiser, aimer et recoudre la faille du monde.

José 15/08/2008 02:51

Pour poursuivre: Ecrire c'est se déhabiller juste assez pour que les autres se se dénudent.

José 15/08/2008 02:44

Le sentiment poétique est partagé par tous, mais il a besoin de démiurges pour s'exprimmer. Ces démiurges sont les poètes. Voilà pourquoi il ne me semble pas important d'être compris ( au sens rationel) mais nécéssaire d'être lisible (au sens émotionel). La poésie tient à la phois de l'alchimie et de la métaphysique. On n'est pas loin du pacte de Faust, du "crossroad" du blues. Mais que ce soit en poésie ou en prose, écrire c'est ce mettre en danger. Sinon, à quoi cela servirait-il? Je dirais la même chose de la lecture, et pourquoi pas de la vie tout court. 

flora 14/08/2008 09:59

Ah, tout devient plus clair et beau.Moi qui n'écris pas de la poésie et m'essaie seulement à la prose, je commence à ressentir le mécanisme de la création poétique, en les lisant. J'ai l'impression (mais tu me démentiras) que le (vrai - et non le laborieux "tailleur de rimes" comme je l'appelle) poète écrit en état de lâcher-prise émotionnelle qui fait affluer les images et les mots en association insolite et originale. La prose est beaucoup plus dans le contrôle émotionnel et cérébral. Toi qui fais les deux, qu'en penses-tu?